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Agroforesterie et cultures associées : ombrage, diversification et biodiversité fonctionnelle

Agroforesterie et cultures associées : ombrage, diversification et biodiversité fonctionnelle

Publié le 1 septembre 2026

Associer arbres, cultures et plantes de service sur une même parcelle — comme un bananier accompagné de légumineuses — recrée un peu de la complexité d'un écosystème naturel. À la Réunion, cette diversification est un des leviers étudiés par le Cirad pour réduire la dépendance aux intrants tout en préservant la biodiversité.

Sur une parcelle en agroforesterie, arbres, cultures et plantes de service cohabitent au lieu de se succéder en rangs uniformes. Un bananier ombragé, une bande de légumineuses semée entre deux cultures, une haie de plantes de service en bordure : autant d'associations qui cherchent à recréer, à l'échelle du champ, un peu de la complexité d'un écosystème naturel — avec, à la clé, des sols mieux protégés, une pression parasitaire mieux régulée et une dépendance réduite aux intrants chimiques.

Pourquoi associer les cultures plutôt que les séparer

Source CIRAD

Dans un système agroforestier ou une culture associée, chaque espèce apporte quelque chose aux autres. Une chercheuse de l'IRD, dans un ouvrage de référence sur les agroforesteries vernaculaires dans le monde, montre que ces systèmes traditionnels, construits empiriquement par des générations d'agriculteurs sous les tropiques, parviennent à maintenir une biodiversité proche de celle d'une forêt naturelle pour la faune du sol, et significativement supérieure à celle d'une monoculture pour les plantes et les oiseaux :

  • L'ombrage d'un arbre de haut jet limite l'évaporation et amortit les écarts de température

  • une légumineuse en couverture basse fixe l'azote atmosphérique grâce à ses nodules racinaires et le restitue progressivement au sol

  • une plante de service en bordure attire et héberge les insectes auxiliaires qui régulent naturellement les ravageurs.

Le cas du bananier : de l'ombrage à la fixation d'azote

Le bananier illustre bien ces bénéfices croisés. Dans les essais conduits par le Cirad en agroforesterie bananière (projet Banabio, mené en Martinique depuis 2018), le bananier est associé à des arbres de service fixateurs d'azote, pois doux, cacaoyer, dont les feuilles et les résidus de taille retournent au sol.

Source CIRAD

Résultat mesuré sur le dispositif : la biomasse restituée au sol dans le système agroforestier est environ quatre fois plus importante qu'en conduite conventionnelle, ce qui réduit d'autant le recours aux engrais azotés de synthèse, pour un écart de rendement limité à 15 % par rapport au système conventionnel.

Sur le volet couverture du sol, des travaux menés par le Cirad sur bananeraie ont par ailleurs testé plusieurs légumineuses en couverture vivante : deux espèces (Stylosanthes guianensis et Centrosema pascuorum) se sont montrées particulièrement efficaces pour réduire la biomasse des adventices, jusqu'à 60 % de réduction hors grandes graminées, tout en confirmant qu'un ajustement de la conduite (choix de l'espèce, période d'implantation) reste nécessaire pour ne pas pénaliser la productivité du premier cycle de la culture principale.

Biodiversité fonctionnelle : des alliés à héberger, pas seulement des ravageurs à combattre

La diversification végétale est aussi un des leviers concrets pour favoriser ce que les agronomes appellent la biodiversité fonctionnelle : l'ensemble des organismes qui rendent un service à la production agricole, notamment les insectes auxiliaires (prédateurs, parasitoïdes) qui régulent les ravageurs des cultures.

Un guide de référence coproduit par le Cirad et la Chambre d'agriculture de La Réunion, dédié à la reconnaissance des auxiliaires des cultures sur l'île, identifie précisément les plantes de service, les associations de cultures, l'ombrage et la diversification des systèmes comme des moyens concrets de favoriser l'apparition, le maintien et le développement de ces auxiliaires au champ. C'est le même principe qui sous-tend l'augmentorium utilisé contre les mouches des fruits à la Réunion : laisser filer les parasitoïdes bénéfiques tout en piégeant le ravageur.

Sur le terrain réunionnais, la station Cirad de Bassin-Plat (Saint-Pierre) met concrètement en œuvre cette logique : son système de culture horticole associe zones maraîchères, zones fruitières — dont certaines combinent arboriculture et espèces maraîchères — et zones de plantes de service (vétiver en paillage, plantes aromatiques et endémiques en bordure), avec l'objectif explicite de réduire les produits phytosanitaires tout en préservant la biodiversité locale.

Ce que cela change concrètement pour les producteurs

  • Associer plutôt qu'isoler : une bande de légumineuses ou une haie de plantes de service entre deux cultures rend déjà des services (azote, ombrage, refuge à auxiliaires).
  • Choisir l'espèce de couverture avec soin : toutes les légumineuses ne se valent pas — certaines concurrencent la culture principale sur le premier cycle avant de devenir bénéfiques, un point à anticiper dans le calendrier cultural.
  • Penser la bordure de parcelle comme un outil de production : une haie ou une bande fleurie n'est pas un espace perdu, c'est un réservoir d'auxiliaires pour les cultures voisines.
  • Réduire progressivement les intrants de synthèse à mesure que la biomasse restituée au sol et la régulation naturelle des ravageurs s'installent — les bénéfices sont souvent différés d'un cycle ou deux.
  • Se rapprocher d'un conseiller (Chambre d'agriculture, Cirad) pour identifier les associations les mieux adaptées à sa culture principale et à son terrain.

Sources

  • Deguine J.-P., Franck A., Jacquot M., Vincenot D., 2019. « Reconnaître et favoriser les auxiliaires des cultures à la Réunion. » Cirad, Chambre d'agriculture de La Réunion, 132 p. Disponible : publications.cirad.fr.
  • Michon G., 2015. « Agriculteurs à l'ombre des forêts du monde : agroforesteries vernaculaires. » IRD Éditions / Actes Sud, 252 p. Référencé sur : documentation.ird.fr.
  • Cirad, 2024. « Agriculture biologique et agroforesterie, quels bénéfices pour les bananeraies ? » — projet Banabio, Martinique. Disponible : cirad.fr.
  • Achard R., 2016. « Étude du fonctionnement d'associations entre le bananier et une couverture vivante ; évaluation des potentialités et stratégies d'utilisation de plantes de service pour contrôler les adventices. » Thèse, Université Paris-Saclay / Cirad. Disponible : publications.cirad.fr.
  • Cirad — Station de Bassin-Plat, La Réunion : systèmes de culture horticoles diversifiés et plantes de service. Disponible : cirad.fr.