
Les miels de terroir péï : letchi, baies roses et forêt
Publié le 1 septembre 2026
Vergers de letchis de l'Est, fourrés de baies roses des Hauts, forêts primaires du Parc national : la diversité des paysages réunionnais se retrouve directement dans le pot de miel. Tour d'horizon des trois grandes signatures du miel péï.
À la Réunion, environ 690 apiculteurs entretiennent plus de 20 000 colonies réparties sur un peu plus de 1 200 ruchers, pour une production annuelle de l'ordre de 200 tonnes de miel. Une centaine d'apiculteurs professionnels — moins d'un cinquième des déclarants — détiennent à eux seuls 60 % des ruches et assurent environ 80 % de cette production.
Mais au-delà des chiffres, ce qui frappe surtout, c'est la diversité : selon la zone butinée, un même rucher peut donner un miel totalement différent d'une récolte à l'autre. Trois grandes signatures reviennent le plus souvent chez les producteurs péï : le letchi, la baie rose et la forêt.

Le miel de letchi, signature sucrée de l'Est
Récolté au moment de la floraison des vergers de letchis, essentiellement dans l'Est de l'île, c'est le miel le plus fruité et le plus parfumé de la production péï, reconnaissable à sa texture crémeuse et à ses arômes très proches du fruit lui-même.
Sa récolte reste dépendante d'une floraison parfois irrégulière d'une année sur l'autre, ce qui en fait un miel très recherché quand la saison est bonne.
Le miel de baies roses, une ressource à l'histoire ambivalente
Le baie rose (Schinus terebinthifolius) est un petit arbre originaire d'Amérique du Sud, introduit à la Réunion où il s'est largement naturalisé — au point d'être aujourd'hui considéré comme une espèce envahissante, formant des fourrés denses en bordure de parcelles agricoles et de milieux naturels perturbés. Ironie du terroir : cette même plante, une fois qu'elle est là, offre une floraison abondante et mellifère que les apiculteurs péï valorisent en un miel crémeux, jaune pâle, aux notes poivrées et boisées bien reconnaissables.
Le miel de baies roses est ainsi devenu l'une des signatures les plus commercialisées de l'île — un exemple concret de la façon dont l'apiculture peut transformer une contrainte écologique en ressource économique, sans pour autant résoudre le problème de fond posé par une espèce envahissante sur les milieux naturels.
Le miel de forêt, entre espèces indigènes et forêts primaires
Récolté dans les forêts humides et les Hauts de l'île, le miel de forêt est le plus directement lié à la flore indigène et endémique réunionnaise : fleur jaune, change écorce, tan rouge — une espèce endémique rare — comptent parmi les essences mellifères associées à ce type de récolte.
La marque « Esprit Parc national », portée par le Parc national de la Réunion, valorise justement les miels de forêt constitués pour tout ou partie à partir de ces espèces indigènes, produits par une poignée d'apiculteurs installés notamment autour de la Plaine-des-Palmistes et du Tampon.
Le résultat est un miel plus rare, au profil aromatique variable selon la forêt et la saison de récolte, souvent considéré comme le plus proche du terroir naturel de l'île.
Une filière qui reste locale et regroupée
Une part importante de la production péï passe par la Coopémiel de Bourbon, coopérative basée à Saint-Joseph qui réunit une trentaine d'apiculteurs depuis sa création en 1967.
Elle représente à elle seule environ 50 tonnes de miel par an, soit près de 30 % de la production locale, autour des trois mêmes signatures — letchi, baies roses et forêt — avant distribution en grande surface et auprès d'entreprises agroalimentaires de l'île.

Ce qu'il faut retenir pour choisir son miel péï
- Le letchi : le plus fruité et crémeux, récolte souvent limitée par une floraison irrégulière — à privilégier dès qu'il est disponible.
- La baie rose : notes poivrées et boisées, disponible plus régulièrement grâce au caractère envahissant de la plante — un miel abondant, mais aussi le symbole d'un déséquilibre écologique à ne pas perdre de vue.
- La forêt : le plus rare, issu d'espèces indigènes ou endémiques, souvent associé à une démarche de préservation (marque Esprit Parc national).
- Privilégier le miel péï en circuit court, directement auprès d'un apiculteur ou d'une coopérative locale, pour être sûr de son origine réelle et soutenir la filière de l'île.
Sources
- DAAF de La Réunion, 2021. « Filière apicole — bilan 2020. » Disponible : daaf.reunion.agriculture.gouv.fr.
- Parc national de La Réunion. « Miel et autres produits de la ruche — marque Esprit Parc national. » Disponible : reunion-parcnational.fr.
- Coopémiel de Bourbon — Coopérative des producteurs de miel de La Réunion. Disponible : coopemiel.re.
- Espèces Envahissantes Outre-mer. « Schinus terebinthifolia (baie rose). » Disponible : especes-envahissantes-outremer.fr.