
Circuits courts et vente directe à la Réunion : une avance réelle, un modèle à consolider
Publié le 5 septembre 2026
En 2020, 45 % des exploitations agricoles réunionnaises vendaient au moins une partie de leur production en circuit court — un taux presque double de la moyenne métropolitaine. Mais ce chiffre, en apparence flatteur, cache une réalité plus contrastée : cette proportion recule depuis 2010, signe que le modèle doit encore se structurer.
Marchés forains, vente à la ferme, paniers, AMAP : les circuits courts occupent une place importante dans l'agriculture réunionnaise. Selon le recensement agricole 2020 (données Agreste, analysées par l'Observatoire de l'économie agricole d'Outre-mer), 45 % des exploitations de l'île commercialisaient tout ou partie de leur production en circuit court cette année-là — contre 23 % en moyenne en France métropolitaine. Un écart net, mais qui mérite d'être nuancé plutôt que simplement célébré.
Une adoption forte, mais qui recule

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Le chiffre de 45 % place la Réunion loin devant la métropole, mais nettement derrière d'autres territoires ultramarins : la proportion atteint 92 % en Guyane et près de 100 % à Mayotte, pour une moyenne de 72 % sur l'ensemble des cinq départements d'Outre-mer. Plus notable encore : l'étude souligne qu'« à la Martinique et à la Réunion, le nombre d'exploitations vendant via ces circuits tend cependant à diminuer, traduisant la mise en place de nouveaux modes de distribution ». Le même recensement montre par ailleurs que la Réunion a perdu près d'un cinquième de ses exploitations agricoles en dix ans (7 623 en 2010, contre 6 252 en 2020), une baisse qui touche surtout les toutes petites structures — précisément celles qui recourent le plus souvent à la vente directe. Le recul du circuit court n'est donc pas forcément un choix stratégique des producteurs : il peut aussi refléter la disparition d'une partie du tissu agricole qui le portait.
La vente à la ferme, porte d'entrée la plus fréquente

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À l'échelle nationale, le recensement agricole 2020 montre que, parmi les exploitations vendant en circuit court, près des deux tiers le font en priorité par la vente directe à la ferme, loin devant la vente à des détaillants (environ un tiers) ou l'adhésion à une AMAP. Cette hiérarchie n'est pas spécifique à la Réunion — ce sont des chiffres nationaux — mais elle éclaire un constat que partagent de nombreux producteurs péï : la vente à la ferme reste souvent le point d'entrée le plus simple à mettre en place avant d'envisager d'autres canaux (marché, magasin de producteurs, vente en ligne), qui demandent davantage d'organisation logistique.
Mafate, laboratoire extrême de relocalisation alimentaire

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Le cirque de Mafate, accessible uniquement à pied ou en hélicoptère, illustre à l'échelle d'un territoire isolé ce qui se joue plus largement sur l'île. Autosuffisant sur le plan agricole jusqu'au début des années 1980, Mafate a vu une partie de ses habitants délaisser progressivement les cultures vivrières à mesure que le tourisme se développait et que l'approvisionnement par hélicoptère facilitait l'importation de denrées depuis le littoral — au risque d'une certaine standardisation de l'offre alimentaire des gîtes. Face à ce constat, le Parc national de la Réunion porte depuis mai 2019 le projet alimentaire territorial « Planté pour manzé » (lauréat du Programme national pour l'alimentation 2018-2019), avec un objectif clair : redynamiser les cultures vivrières, redévelopper les circuits courts locaux et remettre à l'honneur des variétés « lontan » aujourd'hui oubliées. Concrètement, le Parc a par exemple organisé fin 2023 des formations à la production de plants maraîchers avec l'association Horti Péï, réunissant une dizaine de Mafatais — dont plusieurs producteurs et gîteurs engagés dans le projet — pour apprendre à anticiper la demande des gîtes et des écoles du cirque.
L'agriculture biologique, un levier qui progresse

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Autre indicateur encourageant du recensement 2020 : la Réunion arrive en tête des départements d'Outre-mer pour la part d'exploitations engagées en agriculture biologique, avec 5 % des exploitations concernées — contre 2 % en moyenne dans les DROM et seulement 0,3 % dix ans plus tôt. Ce n'est pas un hasard si ce chiffre est souvent mis en regard des circuits courts : au niveau national, les exploitations bio commercialisent bien plus fréquemment en circuit court que les exploitations conventionnelles, la vente directe et le bio répondant tous deux à une même recherche de proximité et de valorisation directe du travail du producteur — même si cette corrélation nationale n'a pas, à notre connaissance, été chiffrée spécifiquement pour la Réunion.
Ce qu'il faut retenir
- La Réunion se situe bien au-dessus de la moyenne nationale pour la vente en circuit court (45 % des exploitations en 2020, contre 23 % en métropole).
- Cette avance recule depuis 2010 : un signal à surveiller plutôt qu'un acquis définitif, en partie lié à la disparition des plus petites exploitations.
- La vente directe à la ferme reste le point d'entrée le plus accessible pour un producteur qui démarre en circuit court, avant d'élargir vers d'autres canaux.
- Des initiatives territoriales ciblées existent, comme le projet « Planté pour manzé » à Mafate, pour relocaliser la production alimentaire même dans les zones les plus contraintes de l'île.
- La progression de l'agriculture biologique (5 % des exploitations réunionnaises en 2020) accompagne souvent, ailleurs en France, une dynamique de vente en circuit court.
Sources
- Observatoire de l'économie agricole d'Outre-mer (ODEADOM). « Recensement agricole 2020 dans les DROM : premiers enseignements. » 4 janvier 2022 (données Agreste-SSP, recensement agricole 2020). Disponible : odeadom.fr.
- « Près d'une exploitation agricole sur quatre vend en circuit court. » Réussir, d'après le recensement agricole 2020 (Agreste). Disponible : reussir.fr.
- Ministère de l'Agriculture. « Redonner sa place à l'agriculture : le projet alimentaire du cirque de Mafate (La Réunion). » Disponible : agriculture.gouv.fr.
- Parc national de La Réunion. « Un pas de plus vers l'autonomie alimentaire de Mafate. » Disponible : reunion-parcnational.fr.