
Agripéi 2030 : le plan qui dessine l'agriculture réunionnaise de demain
Publié le 21 septembre 2026
Fin des quotas sucriers, croissance démographique, dépendance aux importations : en 2019, le Département de La Réunion adoptait Agripéi 2030, un plan d'une quarantaine d'actions pour une agriculture plus diversifiée et plus proche des consommateurs. Sept ans plus tard, retour sur ses ambitions, son bilan — et sur la place que peut y prendre un portail comme prodpei.re.
« Agripéi », c'est d'abord une démarche de réflexion collective : depuis février 2018, le Département de La Réunion, chef de file en matière agricole, a piloté avec l'ensemble de la profession (services de l'État, collectivités, Chambre d'agriculture, coopératives, syndicats, interprofessions, SAFER…) un travail de fond pour définir le modèle agricole que l'île souhaite pour 2030. Le plan qui en découle, Agripéi 2030, a été adopté à l'unanimité par le Conseil départemental le 30 octobre 2019.

Pourquoi ce plan : un tournant pour l'agriculture péï
Le contexte est celui d'une agriculture à la croisée des chemins. La canne à sucre occupe 58 % des quelque 42 000 hectares exploités, alors que la fin des quotas sucriers européens fragilise ce modèle. L'agriculture réunionnaise, ce sont environ 7 000 exploitations, 15 000 emplois et 400 millions d'euros de valeur ajoutée, en appui d'une industrie agroalimentaire qui est le premier secteur industriel de l'île. Et la population devrait atteindre le million d'habitants vers 2037 : il faut donc nourrir plus de monde, sur un foncier qui se raréfie, en produisant davantage de fruits, de légumes, de viande et de produits transformés localement.
Les ambitions chiffrées à l'horizon 2030
Le livret d'actions d'Agripéi 2030 fixe des cibles précises. Parmi les principales :
- Protéger le foncier : remettre en culture 2 000 à 3 000 hectares de terres en friche et maintenir 50 000 hectares de surface agricole utile.
- Diversifier : +1 000 à 2 000 hectares en diversification végétale, +750 hectares de prairies pour les filières animales, tout en conservant 22 000 hectares de potentiel pour la canne.
- Produire davantage localement : atteindre un taux de couverture de 70 à 80 % pour les fruits et légumes frais et d'environ 95 % pour la viande.
- Installer et employer : +350 à 500 exploitations, soit 500 à 1 000 emplois, et +9 à 13 % de revenu moyen par exploitation.
- Réussir la transition écologique : +400 exploitations engagées en bio, sur 1 500 hectares supplémentaires.
- Approvisionner la restauration collective : porter la part de produits durables et de qualité à 25 % et celle du bio à 10 % (objectifs fixés à l'échéance 2022).

Cinq axes, une quarantaine d'actions
Le plan se décline en cinq axes. Selon les documents, on parle de 39 actions (livret officiel) ou de 40 actions prioritaires (présentation de 2019 et presse) :
- Le foncier et l'aménagement du territoire : observatoire du foncier, préservation de l'espace agricole, simplification de la procédure de terres incultes, rénovation des chemins agricoles.
- La polyculture et le polyélevage : soutien aux productions identitaires ou fortement concurrencées par les importations, signes de reconnaissance valorisant les produits péï, meilleure régularité de l'offre, plus de produits locaux dans la commande publique, démarches visant à rapprocher le producteur et le consommateur, plan export.
- L'emploi et les systèmes d'exploitation : installation et transmission, meilleure répartition de la valeur au profit de l'agriculteur, groupements d'employeurs, agritourisme.
- La transition agro-écologique : réduction des produits phytosanitaires, plan bio, adaptation au changement climatique, irrigation et retenues collinaires.
- L'information du consommateur : éducation au « bien manger », promotion régulière des produits péï et transparence sur la provenance et le mode de production.

Où en est-on ? Un bilan à dix ans et une nouvelle étape
Le Département a engagé en 2025-2026 l'évaluation de sa politique agricole. Lors du comité de pilotage du 28 avril 2026, l'évaluation a pointé des défis persistants : la protection des terres face à l'urbanisation, une souveraineté alimentaire encore fragile et très dépendante des importations, le vieillissement des agriculteurs, et un constat sans détour : malgré la progression du bio et de l'irrigation, les aides arrivent tard, les coûts sont élevés et les aléas climatiques restent violents.
Le comité de pilotage du 9 septembre 2026 a ensuite présenté le bilan 2014-2024 : environ 40 millions d'euros par an consacrés à l'agriculture (environ 6 500 euros par exploitation et 1 000 euros par hectare) et près de 3 890 hectares de friches remis en production en dix ans, soit environ 400 hectares par an.
Le Département y a aussi avancé dix propositions prioritaires pour la prochaine étape, parmi lesquelles la protection des terres agricoles, l'accès à l'eau d'irrigation (avec l'ambition de faire de La Réunion le premier département français en la matière d'ici 2030), une banque foncière, une ferme de démonstration faisant office d'incubateur, une banque de semences et de plants locaux, un fonds de souveraineté agricole, la structuration d'un marché de gros, des outils de transformation et de conservation, et la consolidation de la marque « 100 % La Réunion ».

La marque « 100 % La Réunion », un premier « signe de reconnaissance »
Lancée le 8 février 2023 dans le cadre d'Agripéi 2030, la marque « 100 % La Réunion » répond à l'un des axes du plan : permettre au consommateur d'identifier d'un coup d'œil les produits dont la fabrication et toutes les matières premières sont réunionnaises. Deux mentions la complètent : « Excellence » (qualité objectivée, par exemple des médailles de concours) et « Bio ». Plus de quarante artisans et producteurs avaient signé la charte dès le lancement, et un site dédié, 100pour100reunion.fr, en recense les membres.
À l'échelle de l'État, un Plan régional de souveraineté alimentaire, signé en octobre 2023, complète ce cadre et vise notamment à gagner des parts de marché sur des productions locales fortement concurrencées par l'importation, comme la pomme de terre, la carotte, l'oignon ou les agrumes.

Et prodpei.re dans tout ça ?
Agripéi 2030 est un plan de politique publique : il finance, structure, protège le foncier, irrigue. Mais plusieurs de ses ambitions n'aboutissent que si le consommateur réunionnais sait où trouver les produits péï, qui les produit et quand il peut les acheter. C'est précisément le terrain sur lequel prodpei.re ambitionne de devenir le portail des produits et des producteurs de La Réunion. Le lien avec le plan est concret :
- « Rapprocher le producteur et le consommateur » (axe 2) : la carte interactive localise les producteurs et les marchés forains de l'île, avec filtres par catégorie et par jour de marché, et les fiches producteurs donnent leurs produits, leurs lieux de vente et leurs contacts directs.
- « Promouvoir régulièrement les produits péï » (axe 5) : les événements (portes ouvertes, ventes exceptionnelles, cueillettes) et les petites annonces (surplus, ventes ponctuelles) permettent aux producteurs de faire connaître une offre au moment où elle existe, sans passer par un intermédiaire.
- « Transparence sur la provenance » (axe 5) : passer par une fiche, c'est savoir qui a produit, où, et comment le joindre : la traçabilité la plus simple possible. Faire figurer les reconnaissances officielles, comme la marque « 100 % La Réunion » ou le bio, est une piste naturelle d'évolution.
- Information du consommateur sur les prix : le suivi des prix et le simulateur de panier mettent en forme les relevés de la DAAF pour comparer les prix en grandes surfaces et sur les marchés forains — utile pour mesurer concrètement ce que change l'achat direct.
Soyons clairs sur ce que prodpei.re n'est pas : c'est une initiative indépendante, sans lien institutionnel avec le Département, et elle ne se substitue ni aux dispositifs d'aide, ni aux marques officielles, ni aux marchés eux-mêmes. Son rôle est plus modeste et plus pratique : rendre visible et accessible l'offre des producteurs, pour que la volonté de consommer péï, que le plan cherche à encourager, trouve un chemin simple jusqu'à l'étal. À terme, l'ambition est d'aller plus loin dans la mise en relation entre producteurs, revendeurs et consommateurs.
Vous êtes producteur ? Rejoignez prodpei.re pour présenter votre exploitation, vos produits et vos lieux de vente, et publier vos événements et vos annonces depuis votre espace producteur.
Ce qu'il faut retenir
- Agripéi 2030 est le plan agricole du Département, adopté le 30 octobre 2019, autour de cinq axes et d'une quarantaine d'actions, avec l'autonomie alimentaire de l'île pour horizon.
- Ses cibles phares : 2 000 à 3 000 hectares de friches remis en culture, +400 exploitations bio, 70 à 80 % de couverture en fruits et légumes frais.
- Le bilan à dix ans montre des avancées (environ 3 890 hectares de friches récupérés, bio et irrigation en progression) mais aussi des fragilités persistantes : foncier, dépendance aux importations, renouvellement des générations.
- La consommation locale est un maillon essentiel : sans visibilité de l'offre, pas de débouchés — c'est là que se situe la contribution possible de prodpei.re.
Sources
- Département de La Réunion. « AGRIPéi 2030 : agir ensemble pour l'agriculture réunionnaise de demain — 39 actions » (livret, 2019). Disponible : departement974.fr.
- Département de La Réunion. « Agripéi 2030 : un modèle agricole ambitieux pour La Réunion. » Disponible : departement974.fr.
- Département de La Réunion. « Agriculture » (bilan 2014-2024 et propositions présentées au comité de pilotage du 9 septembre 2026). Disponible : departement974.fr/agriculture.
- Outremers360. « Agriculture à La Réunion : le Département présente 40 actions prioritaires dans le cadre du projet AGRIPéi 2030 », 4 octobre 2019. Disponible : outremers360.com.
- Université francophone de l'autonomie alimentaire. « La Réunion adopte son plan pour l'autonomie alimentaire ! » Disponible : autonomiealimentaire.info.
- Free Dom. « 2e COPIL Agripéi : la politique agricole départementale, en cours d'évaluation. » Disponible : freedom.fr.
- Département de La Réunion. « Marque 100 % La Réunion : une garantie 100 % péï », 2023. Disponible : departement974.fr.
- DAAF de La Réunion. « Plan régional de souveraineté alimentaire de La Réunion », 10 octobre 2023. Disponible : daaf.reunion.agriculture.gouv.fr.